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Pourquoi cette campagne ? 
Près de 14 millions de personnes mortes du sida en moins de vingt ans, plus de 33 millions de personnes dans le monde touchées par cette maladie dont 22,5 millions en Afrique sub-saharienne, 6,7 millions en Asie du Sud et du Sud-est et 1,4 million en Amérique du Sud (sources ONUSIDA et OMS, décembre 1998). Le sida est l'un des révélateurs les plus forts des carences sanitaires dans les pays du Sud. Il met une fois de plus en exergue les inégalités entre le Nord et le Sud. Dans les pays en développement, les programmes de lutte contre le sida sont principalement fondés sur la prévention. Or, la forte propagation du sida démontre aujourd'hui les limites d'une telle orientation.
La prévention, qui demeure essentielle, ne pourra être efficace que si les personnes infectées ont parallèlement accès aux médicaments. Ce n'est pas le cas actuellement. De nombreux arguments sont avancés pour exclure les malades du Sud de ces soins : médicaments trop chers par rapport au pouvoir d'achat, faibles infrastructures de santé, barrières culturelles, etc. Mais si l'on veut réellement lutter contre ce fléau, on ne peut s'arrêter à de tels constats. L'un des moyens d'enrayer l'épidémie est de soigner les personnes malades. Deux acteurs, l'un économique, l'autre politique, peuvent permettre aux malades d'accéder aux médicaments. Tout d'abord, les laboratoires pharmaceutiques doivent instaurer des prix de vente accessibles aux populations du Sud. Ensuite, les bailleurs de fonds doivent introduire de façon systématique l'accès aux médicaments dans leurs programmes d'aide sanitaire.
En dernier lieu, dans le cadre des accords sur la propriété intellectuelle de l'Organisation mondiale du commerce, les acteurs politiques et économiques doivent s'engager à maintenir la possibilité de recours aux importations parallèles et aux licences obligatoires pour disposer de médicaments moins chers. Ces orientations aideront à combattre l'épidémie. Elles doivent être mises en Suvre rapidement Il y a urgence !
Un développement compromis A l'échelle planétaire, le VIH/sida se situe parmi les cinq principales causes de mortalité. Il a succédé au paludisme et est devenu la première cause de mortalité dans les pays du Sud. Triste record... L'Afrique est le continent le plus touché par l'épidémie, mais l'Asie, en raison de la densité de population et de la transmission rapide du virus, sera bientôt le continent comptant le plus grand nombre d'individus infectés. Les dynamiques liées au sous-développement se mêlent à celles générées par l'épidémie et s'alimentent mutuellement : carences sanitaires, faiblesse du système éducatif, pauvreté, migrations, statut d'infériorité des femmes, etc. Le sida a donc des répercussions économiques et sociales énormes sur des millions de personnes. Sur le plan économique, le virus frappe essentiellement les personnes entre quinze et quarante-neuf ans, les forces vives des pays. Ce sont elles qui produisent et qui permettent le développement. Avec leur disparition, le niveau d'éducation baisse, la production industrielle et agricole chute ainsi que le produit national brut. Sur le plan social, le sida engendre de nombreuses souffrances physiques et psychologiques. La famille, base des relations sociales, se désagrège, connaissant souvent un ou plusieurs décès. Les personnes infectées, surtout les femmes, sont exclues de la communauté. Quant aux enfants nés de parents victimes du sida, même s'ils sont séronégatifs, leur avenir est très incertain. Orphelins très tôt, ils ne sont pas toujours accueillis par la famille qui a peur ou a déjà trop d'enfants à nourrir. Ils sont alors à la charge de la communauté ou à la rue.
Des médicaments pour réduire la souffrance et renforcer la prévention Le sida est causé par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui altère le système immunitaire de l'organisme. Il n'existe pas encore de traitement guérissant le VIH/sida ni de vaccin le prévenant. Cependant, des traitements qui prolongent la vie ont été élaborés. Les personnes séropositives vivant dans "les pays qui en ont les moyens" (formule de l'ONUSIDA) ont généralement accès à un traitement combiné d'antirétroviraux qui réduit la quantité de VIH dans le corps et retarde le développement du sida. Il est exceptionnel que les malades des pays du Sud en bénéficient. En effet, il est souvent allégué que ces traitements sont difficiles à administrer et demandent une surveillance médicale régulière car, s'ils ne sont pas pris régulièrement, ils risquent de rendre le virus plus résistant. Mais la raison principale qui empêche aujourd'hui les populations du Sud d'y accéder est leur prix. En effet, une trithérapie s'élève à 50 000 FF par an, l'équivalent de trois ans de salaire pour un médecin hospitalier en Côte-d'Ivoire. Dans les pays du Sud où les médicaments ne sont pas remboursés, ce traitement est inabordable. Quant aux maladies opportunistes, qui se développent lorsque l'immunité est trop faible comme la tuberculose, les pneumonies, les méningites et les diarrhées elles ne sont pas soignées non plus, les médicaments restant souvent trop chers.
Les malades du Sud n'ont donc guère d'espoir et sont condamnés à la souffrance et à la mort. Certains choisissent, alors, d'ignorer le sida ce qui rend les programmes de prévention peu efficaces.
Pour une action conjointe des laboratoires et des politiques Demander à des entreprises privées de baisser le prix des médicaments est réalisable mais il faut parallèlement que les bailleurs de fonds luttant contre le sida intègrent les traitements à leur programme. Cela rendrait leurs actions plus cohérentes et plus efficaces. En tant que bailleurs de fonds, nous retrouvons la France, l'Union européenne, l'ONUSIDA, la Banque mondiale.
Voici brièvement ce que fait chacun d'eux :
La France est directement intervenue dans des programmes de lutte contre le sida, plus particulièrement en Afrique. A son initiative, un Fonds de solidarité thérapeutique (FSTI) a été créé en 1998. Mais les autres pays n'ont guère suivi et trop peu d'argent a été débloqué pour que ce fonds ait une réelle efficacité.
L'Union européenne a consacré entre 1987 et 1997 près de 200 millions d'euros à des interventions contre le sida dans plus de 90 pays en développement. Pourtant, elle refuse de s'engager financièrement sur l'accès aux antirétroviraux dans ces pays.
L'ONUSIDA, créée en 1996, parrainée par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) et la Banque mondiale, surveille l'épidémie du sida au niveau mondial. En collaboration avec différents gouvernements (Ouganda, Côte-d'Ivoire, Sénégal, Chili, Viêt-nam...), elle aide à la mise en place de programmes pilotes d'accès aux médicaments. Mais ces programmes sont limités à peu malades.
Ainsi au Sénégal, seuls 70 patients bénéficient d'une multithérapie, ce qui est dérisoire au regard du nombre de personnes infectées.
Quant à la Banque mondiale, elle finance des programmes de lutte contre le sida, mais elle refuse pour l'instant de soutenir les gouvernements du Sud qui veulent mettre en place un accès rationnel aux antirétroviraux. Globalement, aujourd'hui, ces organisations ne considèrent pas l'accès aux médicaments comme prioritaire. La France en tant qu'Etat membre de ces organisations internationales a un pouvoir. Elle doit s'en servir pour que l'accès aux médicaments soit introduit dans tous les programmes.
Les objectifs 
Pour rendre les médicaments plus accessibles aux populations du Sud et soigner les malades du sida, nous demandons :
au Syndicat national de l'industrie pharmaceutique, représentant français de la Fédération internationale des industries du médicament, que les laboratoires pharmaceutiques :
- instaurent un prix de vente des médicaments accessible aux populations du Sud,
- ne s'opposent pas à ce que les pays du Sud aient recours aux possibilités prévues par les accords internationaux sur la propriété intellectuelle, que ce soient les importations parallèles ou les licences obligatoires.
au Premier ministre d'engager publiquement la France :
- à appuyer la mise en place de financements bilatéraux et multilatéraux permettant aux populations du Sud atteintes du sida d'accéder enfin aux traitements,
- à défendre, lors des négociations au sein de l'OMC, les possibilités prévues par les accords internationaux sur la propriété intellectuelle, que ce soient les importations parallèles ou les licences obligatoires.
L'action 
Signez et faites signer les cartes postales puis envoyez-les au Syndicat national de l'industrie pharmaceutique et au Premier ministre.
Retournez le coupon-réponse à Agir ici afin que nous puissions évaluer le nombre de participants et vous transmettre les résultats de la campagne.
Commandez des documents de campagne et diffusez-les autour de vous.
Les partenaires 
Et avec le soutien de :
ACPE (Association contre la prostitution enfantine) - Afrique verte - AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs) - ALIS 36 (Association de lutte et d'information sida 36) - Association de coopération des femmes africaines - Association "J'écoute" - CARE France - CASI Bretagne (Coordination des associations de solidarité internationale en Bretagne) - Cedetim (Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale) - Coordination jeunesse africaine en Ile-de-France - CRID (Centre de recherche et d'information pour le développement) - CRIDEV (Centre rennais d'information pour le développement et la solidarité entre les peuples) - FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés) - Femmes et Changements - France Libertés - GISPE (Groupe d'intervention en santé publique et en épidémiologie) - Handicap International - Info-Birmanie - Ingénieurs sans frontières - IKAMBERE "La maison accueillante" - Ligue internationale de femmes pour la paix et la liberté - Médecins d'Afrique/Europe - PIMED (Pour une information médicale éthique et le développement) - Pharmaciens sans frontières France - RITIMO (Réseau d'information tiers monde) - Santé sans frontière - Sol en Si (Solidarité enfants sida) - Survie - UNALS (Union nationale des associations de lutte contre le sida)
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Les résultats 
Une forte implication citoyenne
La France s'engage sur le plan national et international
Des laboratoires encore silencieux...
Selon les dernières estimations (déc. 99) de l'Onusida et de l'Organisation mondiale de la santé, il y a eu 5,6 millions de nouveaux cas d'infection à VIH en 1999. Aujourd'hui 33,6 millions de personnes vivent dans le monde avec le VIH/sida dont 23,3 millions en Afrique subsaharienne. Chaque année, la prolifération du virus s'étend. Tous les moyens doivent être mis en Suvre pour enrayer ce fléau. La campagne que nous menons depuis décembre 1999 pour permettre aux malades du Sud d'accéder aux médicaments est l'un de ces moyens.
Des citoyens et des médias impliqués Plus de 23 000 personnes se sont mobilisées, ont signé et fait signer les cartes postales.
Sur le plan médiatique, la semaine du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, a permis un très fort impact de notre campagne. Elle a été présentée aux journaux de 20 h de TF1 et France 2. Des interviews ont été réalisées sur France-info, RFI, France Culture, Fréquence protestante, Fréquence Paris-Plurielle, Beurs FM et RMC. La campagne a été relayée par l'AFP (Agence France presse) et des articles sont parus dans la presse nationale : le Monde, Témoignage chrétien, l'Humanité et le Monde diplomatique ainsi que dans des journaux médicaux et locaux... Canal + a aussi réalisé un reportage sur le comportement des laboratoires qui allait dans le sens de la campagne. Depuis, des articles continuent à paraître régulièrement. De nombreux journaux associatifs se sont fait l'écho de la campagne ou ont prévu de le faire.
De nombreuses rencontres et actions Dès le 23 novembre 1999, lors d'une conférence de presse organisée par les Verts à l'Assemblée nationale, la campagne a été présentée. Du 25 au 26 novembre 1999, une rencontre internationale sur l'accès aux médicaments et la mondialisation a été organisée à Amsterdam par Médecins sans frontières, Health Action International, association hollandaise de santé, et Consumer Project of Technology, association américaine de consommateurs. Cette rencontre de spécialistes de tous pays a permis des échanges sur cette problématique et une large diffusion de la campagne en anglais.
Lors du cycle des négociations de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle, le sujet a été abordé par les représentants des différentes organisations présentes dont Médecins sans frontières et Agir ici. En janvier, Act up et Agir ici sont intervenus à l'occasion de la journée d'étude et de débat sur la lutte contre le sida organisée au siège du parti communiste.
De façon complémentaire, les professionnels de la santé ont lancé un appel du nom de METIS (Mouvement des soignants pour l'égalité thérapeutique internationale face au sida). Nous avons soutenu cet appel qui relaie aussi notre campagne.
De nombreuses actions se sont déroulées à Paris comme en province le 1er décembre : manifestations, forums... Puis du 5 au 8 décembre, la campagne a été également diffusée en français et en anglais lors de la conférence internationale sur le sida qui a eu lieu à Paris. De même, des congrès, des colloques, des ateliers de réflexion et aussi la diffusion de la campagne ont été ou vont être organisés dans de nombreuses villes : Mulhouse, Angers, Annecy, Rennes, Orléans, Lille, Marseille... Pour faciliter la tenue de stands, notamment à l'entrée de concerts, une pétition a été réalisée et mise à disposition des militants.
Des décideurs politiques s'engagent Dès fin novembre, nous avons obtenu des rendez-vous avec des député(e)s : M. Blisko (PS), Mme Bachelot (RPR) et M. M. Mamère et Hascoët (RCV). D'autres, suite à nos courriers, ont soutenu notre démarche en posant des questions au gouvernement ou en envoyant des lettres personnalisées aux décideurs ciblés par la campagne : M. M. Gerin (PC), Hascoët (RCV), Hue (PC), Lang (PS) et Meï (PC)...
Nous avons reçu une réponse du conseiller social à la présidence de la République, qui indiquait que "le chef de l'Etat, à qui je l'ai signalée [notre démarche] m'a demandé de vous en remercier et de vous assurer de sa détermination à poursuivre ce combat".
Le conseiller diplomatique du Premier ministre nous a envoyé un courrier où il reconnaissait que "l'accès au traitement constitue, à l'évidence, un enjeu majeur de solidarité" et que les objectifs de "la campagne "Agir ici" soulèvent deux questions complémentaires qui correspondent l'une et l'autre à l'engagement du gouvernement français". Cette réponse comporte, cependant, quelques imprécisions notamment sur l'interprétation des articles sur la propriété intellectuelle.
La France est donc d'accord pour que les personnes atteintes du VIH/sida vivant au Sud aient accès aux médicaments et elle désire mettre en Suvre tous les moyens pour atteindre cet objectif. Elle est ainsi en train de rénover le FSTI (Fonds de solidarité thérapeutique international), un outil qui, s'il avait une véritable résonance internationale, pourrait améliorer l'accès aux traitements du sida dans les pays du Sud.
Les rendez-vous qui ont eu lieu au secrétariat d'Etat à la Santé, au secrétariat d'Etat au Commerce extérieur et au ministère délégué à la Coopération, ont confirmé cette volonté.
Une table ronde tripartite avec les ministères (ou secrétariats d'Etat) concernés : Coopération, Santé, Commerce extérieur et Industrie, le SNIP (Syndicat national de l'industrie pharmaceutique) et différents laboratoires pharmaceutiques et les organisations non gouvernementales partenaires de la campagne est envisagée.
Un contexte international qui évolue Sous la pression des laboratoires, les Etats-Unis et les pays anglo-saxons en général restent opposés à l'accès aux médicaments. La position de la France est donc intéressante et constructive mais il faut maintenant que d'autres pays l'accompagnent car, seule, elle risque de ne rien obtenir. C'est pourquoi, les autres pays membres de l'Union européenne doivent être convaincus.
La dynamique nationale est liée à l'évolution des positions européenne et mondiale où quelques pistes se dessinent. En effet, le 10 janvier dernier, lors d'une réunion spéciale du Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies, ce dernier a déclaré que, dans le cadre de son mandat de maintien de la paix, la lutte internationale contre le sida devait être une "priorité immédiate".
En bref, pour reprendre un slogan d'Act up, il était constaté que "le sida, c'est la guerre !". A la suite de cette déclaration, la France a suggéré d'organiser une rencontre sur le plan international où seraient présents les Etats, les laboratoires et les experts. Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, a accepté cette proposition.
Le dossier est aujourd'hui à Matignon pour une gestion concertée et globale.
Des laboratoires encore silencieux Du côté des laboratoires, le nouveau président du SNIP, M. Bertrand, ne nous a pas encore répondu, malgré vos nombreuses cartes et une lettre de relance de la part des associations de la campagne.
Un courrier est aussi parti en février aux sièges français des laboratoires fabriquant des antirétroviraux. Pour l'instant, nous avons le sentiment que les laboratoires ne prennent pas en considération les demandes des malades du sida vivant au Sud. La concertation nationale tripartite proposée par le gouvernement pourrait être un commencement de dialogue, il en va de la survie de millions de personnes !
Pour en savoir plus...
- Documents de l'ONUSIDA : Rapport sur l'épidémie mondiale de VIH/sida (juin 1998)
- Le point sur l'épidémie de sida (décembre 1998). Tél : 01 69 28 62 86
- Action, lettre mensuelle d'Act Up-Paris
- La Lettre d'Ensemble contre le sida, n°16 (décembre 1999)
- Le courrier de l'Unesco (octobre 1999)
- Le progrès des Nations, Unicef (1999). Tél : 01 44 39 77 28
- Le journal du sida, Arcat-sida. Tél : 01 43 66 25 41
- Urgence précarité et lutte contre le VIH sida en Afrique, collectif A. Desclaux et C. Raynaut, Harmattan (1997)
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