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Les paysans en otage
L'introduction de semences et de plants brevetés modifie de manière profonde et radicale les pratiques agricoles. Les paysans n'ont plus la liberté de produire leurs propres semences et sont obligés de se réapprovisionner chaque année auprès des firmes productrices de ces semences spécifiques. A cela, il faut ajouter l'achat de fertilisants, désherbants ; acquisitions qui, mises bout à bout, sont autant de coûts supplémentaires& Si par malheur, une année la récolte est mauvaise, les paysans n'ont pas les moyens de racheter le matériel de production l'année suivante et la spirale de l'endettement commence...
Par ailleurs, la culture de semences brevetées implique la diffusion d'un modèle d'agriculture industriel et intensif qui se conjugue mal avec la survie d'une agriculture vivrière et la protection de la biodiversité. A terme, c'est donc bien la sécurité alimentaire qui est menacée.
Témoignage de Nanjundaswamy, chef de file du KRRS (1)
Considérant que les semences sont un outil de production au même titre que les autres, Nanjundaswamy revendique le droit d'en disposer librement. Il s'agit pour lui d'une question de dignité et de respect (&) Pour lui, l'introduction du génie génétique dans la production alimentaire va considérablement accroître le contrôle de l'agroalimentaire sur notre alimentation avec tous les problèmes qui en découleront : catastrophes écologiques, mise en péril de notre santé, appauvrissement généralisé des paysans& Le génie génétique et les brevets sur le vivant représentent une des menaces les plus graves auxquelles l'humanité ait jamais été confrontée car ils donnent à l'industrie biotechnologique un contrôle sans précédent sur nos vies.
(1) Le Karnataka Rajya Ryota Sangha (KRRS) est une association constituée d'une dizaine de millions de paysans de l'Etat du Karnataka en Inde.
Source : "Quel avenir pour les semences de ferme ?", Actes du séminaire européen du 3 et 4 décembre 1999, Coordination Nationale pour la Défense des Semences de Ferme.
Source : Extrait du Manifeste de la Caravane intercontinentale, juin 1999.
Témoignage de Ciré Soumaré, agriculteur au Mali
"Une autre remarque à propos des OGM. Aujourd'hui, l'Afrique a besoin de sortir d'une situation dramatique et de révolutionner son agriculture pour donner à manger à tout le monde. Mais elle a besoin pour cela d'une technique qui soit maîtrisable par les paysans. Aujourd'hui, la technique des OGM est contrôlée par quelques grandes entreprises. Elle menace les semences traditionnelles qui garantissent la survie du petit paysan. Certaines familles ne parviennent même pas à renouveler leurs semences certaines années et doivent en chercher au village. Comment imaginer que ces familles iront acheter leurs semences auprès des firmes ? Si les OGM nous asservissent aux grandes firmes industrielles, nous disons : non merci."
Source : Débat "L'agronome et le monde paysan : la responsabilité des experts en débat", 23 février 2001, Salon de l'agriculture.
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